Un extrait de « Porteur de mémoires »

Dans le train du retour, Philippe Hetzel nous a lu un extrait de ce livre de Patrick Desbois : Porteur de mémoires, publié en 2007 par Robert Lafon

Chapitre VIII : ACCEPTER DE SAVOIR

Le plus difficile dans l’appréhension et la connaissance personnelle d’un génocide est d’accepter de savoir. Savoir tout en continuant à vivre pleinement, sans pour autant oublier ni occulter ce que l’on sait.

Il ne s’agit pas de rester dans des impressions, des haut-le-cœur, et encore moins de demeurer figé dans l’effroi. L’effroi fait partie de la stratégie des génocideurs qui, comme les prédateurs mettent en place des stratagèmes pour pétrifier leurs victimes avant de les tuer. Lorsque les victimes juives descendaient des trains sur la Judenrampe, entre Auschwitz et Birkenau, elles étaient dans l’effroi. Lorsqu’une famille d’un kolkhoze juif était conduite au pas de course au bord d’un puits d’irrigation profond de soixante-dix mètres pour y être jetée, elle était tétanisée par la peur. Soixante ans plus tard, si nous entrons dans l’effroi à l’évocation d’un génocide, à la lecture d’un livre, à la vue d’images d’archives, à la visite d’un ancien camp d’extermination, nous donnons aux génocideurs du IIIe Reich une victoire supplémentaire. L’effroi peut figer la pensée, la conscience, et entraver la capacité de demeurer responsable, résistant et fort face aux génocideurs. Ils sont comme des serial killers qui agiraient au niveau d’un pays, d’un continent. Eux n’entrent pas dans l’effroi et savent que la plupart des gens ne peuvent, ne veulent pas penser à la potentialité d’un acte génocidaire. L’homme ordinaire souhaite dormir tranquille, or la pensée du génocide empêche de dormir. Le génocideur en est conscient. Il peut ainsi, en toute tranquillité, mettre en place la machine à tuer en masse à laquelle personne ne voudra, ne pourra croire.

La page du livre chez l’éditeur

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